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LUCRÈCE BORGIA

Mise en scène : Henri et Frédérique LAZARINI

Co-production : Compagnie Minuit Zéro Une & La Scène à Paris.​​

Distribution : Emmanuel Dechartre, Frédérique Lazarini, Didier Lesour, Marc-Henri Lamande, Louis Ferrand, Hugo Givort, Clément Héroguer, Pierre-Thomas Jourdan, Kelvin Le Doze, et Adrien Vergnes. 

Lumières : Cyril Hamès.

Musique : John Miller. 

Scénographie : Pierre Gilles.

Durée du spectacle : 1 h 40.

Cruelle, monstre sanguinaire, débauchée, telle est la Lucrèce Borgia inventée par Hugo, mais dans sa préface, l’auteur dit que le théâtre est une tribune, qu’il a une mission sociale et humaine. Lui qui a combattu toute sa vie contre la peine de mort, il voulait faire entendre qu’un assassin était encore un être humain. Avec le portrait de Lucrèce condamnée par la postérité pour ses crimes, tel un avocat de la défense, il entend retrouver la trace humaine de cette femme à travers une réalité sublimée celle de « la grande mère », en référence à Jung. 

Dans le malheur et dans la violence, cette âme difforme retrouve une réelle et lumineuse beauté. 

Lucrèce Borgia relève du pur mélodrame : sentiments exacerbés, situations dramatiques, émotions poussées au paroxysme qui depuis le 19ème siècle enchantent le public populaire.

Dans Lucrèce Borgia se ressent plus qu’ailleurs l’influence du théâtre élisabéthain. Une histoire d’inceste à la manière de John Ford, poursuivie ici à la génération suivante : le fils de l’inceste devra périr, et d’une certaine façon par la main de sa mère. Réversion carnavalesque chère à Mikhaïl Bakhtine : c’est ici le fils qui poignarde sa mère qui l’a empoisonné. L’amour et la mort font plus que jamais bon ménage, et l’hécatombe finale sera à la mesure de l’immensité de l’amour de cette mère. Torrents d’amour et fleuve de sang. Cruauté du théâtre et théâtre de la cruauté : Hugo annonce Artaud.

 

La figure de la « grande mère dévoreuse » (CG. Jung) s’inscrit dans la continuité du travail de la Compagnie Minuit Zéro Une initié avec Médée. Les parents dévorent leurs propres enfants : Hugo et Ugolin, même combat ! Mais, par ailleurs, le massacre final des jeunes gens peut se lire comme une métaphore de l’angoisse de la jeunesse dont l’actualité répercute l’écho.  

Echo particulièrement aigu à notre présent historique bousculé par les attentats et l’extrémisme religieux. « Dans Lucrèce Borgia, cette image de la mort dans la jeunesse est comme une explication de tout » (Antoine Vitez, Le Monde 20/09/1984). Confrontée à la mort et à l’exercice politique intempérant des Borgia, la jeunesse décrite par Victor Hugo revendique malgré tout son besoin de liberté, sa nécessité absolue de jouir de la vie et de ses plaisirs malgré les terreurs ambiantes cultivées par le clan Borgia.

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